dimanche , 17 décembre 2017
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Bananas & co. ©Zhang Lei

La jouissance du leurre

En mettant sur socle les icônes de notre temps, le céramiste et plasticien romand s’amuse de nos clichés, égare notre perception visuelle. Une malicieuse exposition où vous pouvez, vous aussi, vous laisser statufier!

Céder à la sensuelle tentation des formes, se perdre dans le dédale des visions fallacieuses, se laisser piéger par les équivoques de l’apparence, mettre à l’épreuve nos certitudes, rire de nos stéréotypes… On ne sort pas de l’exposition Statuts/Statues sans avoir l’œil chamboulé. Car regarder les malicieuses porcelaines de François Ruegg, toutes voilées sur leur socle pour en accentuer l’ambiguité, c’est d’abord avoir la délicieuse envie de se laisser déranger.
En revisitant l’historique binôme socle-statue dans une série de sculptures monumentales qu’il a réalisées à Jingdezhen (Chine), l’artiste porte aux nues avec humour et dérision les figures symboliques de notre temps. L’escarpin acéré posé sur un tube de rouge à lèvres, un slip d’homme rebondi, des objets de séduction, d’aguicheurs légumes «transgéniques» et même des objets de rebut emballés dans des sacs poubelles… François Ruegg propose aussi des bananes empaquetées qui ressemblent à de drôle d’animaux selon l’angle sous lesquelles on les regarde, s’amuse avec d’anonymes personnages coupés du monde avec leur masque anti-pollution ou leur casque audio. Autant de formes intrigantes, nappées dans la virginité du céladon ou enveloppées dans de voluptueux émaux.

Prenez la pose!
Sur le mode ludique, François Ruegg invite à lever le voile de l’autre côté des mirages, à s’interroger sur ce qui se cache derrière ce que l’on regarde. Et plus avant peut-être, sur ce que l’on choisit finalement de voir et de vivre. Un pion indifférencié perdu dans les diktats de l’apparence, plié aux normes des convenances? Ou un joyeux défenseur de la libre pensée? Même s’il est difficile d’échapper à sa démarche critique sur une société de plus en plus narcissique, centrée sur son image jusqu’à en perdre l’âme, l’artiste se garde de trancher. Pas de message imposé, pas de discours moralisateur. Le spectateur peut relever les questions ou pas. L’homme qui a été enseignant à la HEAD de Genève, l’artiste vaudois qui œuvre de par le monde et compte de nombreuses expositions a toujours préféré l’échange et le dialogue. Pas étonnant dès lors qu’il convie les visiteurs du Musée Ariana à prendre la pose sur un socle de porcelaine; leurs photos viendront enrichir l’espace de l’exposition. Une façon d’entrer en connivence avec les œuvres et voir ce que ça fait! «Ce n’est pas seulement par les mots ou le concept qu’il convient d’appréhender l’œuvre de François Ruegg, mais surtout par ce qu’elle fait résonner en nous», remarque la commissaire de l’exposition, Anne-Claire Schumacher.

Viviane Scaramiglia

Statuts/Statues, François Ruegg
Jusqu’au 4 mars 2018
Musée Ariana
Avenue de la Paix 10
1202 Genève
www.ariana-geneve.ch

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