mercredi , 18 octobre 2017
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Curieuse de tout, mais à l'école, c'est l'ennui.

Les enfants surdoués

«Mon enfant semble s’ennuyer à l’école. Il résout les problèmes avec une facilité désarmante, mais il est en échec scolaire…» Comment répondre aux besoins particuliers des enfants surdoués quand ils sont en détresse?

A la rentrée, 60 élèves ont pris le chemin du Groupe scolaire Athéna, à Veyrier. Ouverte il y a un an, cette école privée est la première du genre à Genève à accueillir uniquement des enfants et ados à haut potentiel (HP dits aussi surdoués ou précoces). Pourquoi, à l’image de quelques autres établissements en Suisse,  ce type de structure spécialisée est-il nécessaire? Difficile de concevoir que des enfants possédant un quotient intellectuel très élevé (égal ou au-delà de 130) et une capacité de mémorisation et d’assimilation des connaissances supérieures à la moyenne, puissent vivre l’école publique comme un calvaire. Selon l’Association suisse pour les enfants précoces (ASEHP), ils représentent 2% à 5% de la population scolaire. Pourtant, un seul tiers d’entre eux a de bons résultats et s’intègre sans problème au cursus traditionnel. La majorité connaît des troubles d’apprentissage pouvant aller jusqu’à l’échec, mais souffre aussi du décalage par rapport aux autres élèves.  «Certains enfants ont un ou deux ans d’avance sur le programme. En classe, ils s’ennuient et ont tendance à perturber la classe. Leur façon atypique de percevoir le monde et de comprendre les choses peuvent aussi amener à une certaine intolérance de la part de leurs camarades qui les chahutent» indique Sylvia Lehmann, co-directrice d’Athéna et maman d’enfants HP. Dans une classe normale d’une trentaine d’élèves, c’est pour ces élèves une condition de stress où ils peuvent se sentir agressés en permanence. «Autant de situations vécues durement, sachant que les surdoués sont dotés d’un système nerveux très réactif qui se traduit souvent par une hyper sensibilité. Au plan de l’apprentissage comme au plan socio-affectif et émotionnel, s’ils sont privés d’un soutien spécialisé, ces enfants peuvent connaître de sévères troubles, telles la régression, l’inhibition de leur potentiel, la décompensation psychologique». Certains HP peuvent faire de la «sur-adaptation»: pour ne pas se sentir différent, il met de côté ses talents et intérêts personnels. A l’Ecole Athéna, l’approche pédagogique est calquée sur les besoins des enfants, de manière très personnalisée. Les cours donnés en petits groupes, la flexibilité et l’adaptabilité sont à l’ordre du jour, l’objectif étant d’offrir un cadre d’enseignement et d’activités artistiques et sportives où ils peuvent développer leur potentiel tout en retrouvant l’estime de soi.

Où en est l’école publique?
Les experts en surdouance et plusieurs instances – telles l’ASEHP ou les associations de parents d’élèves HP du primaire et du CO – militent pour que le corps enseignant soit sensibilisé au problème et mieux formé à détecter les élèves surdoués, à comprendre et à tenir compte de leur particularité. Les enseignants sont effectivement aux premières loges pour observer des comportements de HP parmi leurs élèves, mais ils sont souvent démunis pour s’alerter et apporter les réponses adéquates. Des formations continues leur sont proposées, mais ne sont pas obligatoires. Avec à sa tête Anne Emery-Torracinta, le département de l’instruction publique (DIP) est plus que jamais conscient de l’importance du phénomène. L’intention est là, mais malgré les mesures déjà mises en place, les moyens restent insuffisants. Il faudrait plus de classes d’appui, plus d’aménagements scolaires, plus de compétences actives dans le domaine. Même sur le plan organisationnel et structurel, il n’est pas facile de garantir un bon encadrement ni de faire sauter des classes à un enfant à cheval sur plusieurs niveaux ou trop en avance sur le programme. Il y a environ 150 sauts de classe par année, mais tous ne sont pas forcément destinés aux élèves précoces.

Pas de portrait-robot
Légalement, les enfants entravés dans leur possibilité de développement durant la scolarité obligatoire, voire au-delà, ont droit à un soutien spécifique à leurs besoins, dès lors que ceux-ci ont été identifiés. Le dépistage est effectivement la première mesure d’un parcours scolaire adapté, permettant à l’enfant une meilleure intégration et son investissement positif dans l’apprentissage.
En réalité, l’intelligence des personnes HP a plusieurs caractéristiques difficilement mesurables par un unique test de quotient intellectuel. Il doit être complété par une série de tests et d’observations permettant une analyse globale de son fonctionnement cérébral et psychique. De nombreux indices intellectuels, affectifs, comportementaux sont souvent présents chez les enfants HP, mais il n’existe ni profil type ni une seule solution miracle. Face à un enfant en décalage et en souffrance, un psychothérapeute peut être nécessaire, et plusieurs organismes viennent au secours des parents déboussolés. Reconnaître la situation particulière dans laquelle un enfant se trouve, c’est le premier pas essentiel pour ne plus laisser votre enfant vivre son don comme une fatalité.

Viviane Scaramiglia 

Renseignement et soutien

ASEHP
Association suisse pour les enfants HP
Antennes cantonales dans toute la Suisse romande
Brochure d’information téléchargeable

FAPEO
Fedération des associations des parents d’élèves de l’enseignement obligatoire / Enfants HP
www.fapeo.ch

Collectif HP
www.hauts-potentiels.ch

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