jeudi , 19 octobre 2017
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Anne Divorne. © Isabelle Fringuet-Paturle

Rencontre avec une «Belle personne»

Elle porte des lunettes furieusement rouges. Elle arbore un magnifique collier africain et des bagues pleines d’histoires et de voyages aux doigts. Anne Divorne aime le monde, elle aime les gens, elle est une femme d’une fidélité farouche à ses valeurs et à ses combats.

Anne se souvient du 6 mai 1945 où elle a entendu à la radio du boulanger que la guerre était finie. Elle a couru à la maison, heureuse de la fête à venir. Mais sa mère lui a sèchement intimé de se laver les mains et de passer à table…
«J’ai détesté ma vie de 0 à 20 ans» s’insurge encore Anne. Elle est née en 1939 –«une mauvaise date!», à Auvernier, un village du canton de Neuchâtel «dans une famille de la petite bourgeoisie vigneronne. Elle a eu une enfance isolée de tout et surtout de joie. «J’étais illettrée». A 13 ans, elle part en pension: «Là, j’ai dormi…». Son père, persuadé de ses dons artistiques, l’envoie dans une école privée dont elle sort avec un diplôme en dessin de mode.

Des études à 30 ans
Cette «enfance sans existence» prend fin quand elle s’inscrit aux Arts déco de Genève… Elle y rencontre Daniel Divorne, «mon père ne m’a pas pardonné d’épouser un artiste». Peu importe, Anne bascule dans la vie: «La naissance de ma fille a été le point de départ de ma conscience».
Daniel créé le Centre de gravure de Genève. Anne y a collaboré: «On n’avait pas d’argent mais cette communauté artistique était épanouissante». Elle tirait les plaques: «Je réussissais surtout celles des artistes dont j’aimais le travail comme Jorge Castillo».
Puis elle s’éloignera du centre et de son mari. «J’ai étudié à 30 ans passés». Elle sera infirmière à domicile «pour élever ma fille avec un revenu stable». Elle se lie d’amitié avec ses patients comme avec cette dame qu’elle a aidé à peindre malgré ses douleurs… «J’ai aussi adoré travailler dans une consultation parents-enfants».
C’est alors qu’Anne s’engage: «J’ai milité en accord avec mes pensées et toujours contre le fascisme», et jusqu’au Sahara occidental soutenir le Front Polisario. En 2015, elle occupait le Grütli avec No bunker. Elle vaincra un cancer…
Puis, Camarada la contactera. Elle y assure une permanence Prévention Santé pour femmes migrantes: «Une passion!». 

«Mon projet à la retraite? Ne plus en avoir!»
«Je me suis mise à peindre à l’Atelier des peintres à ma retraite que j’adore». Elle peint de remarquables portraits «toujours tristes».
Qu’a-t-elle fait le 1er jour de sa retraite? «Rien, comme le second!». Elle ne s’est ennuyée qu’une seule après-midi où elle a filé au cinéma. En 2004 et 2013, elle a organisé Les cages d’escaliers chantantes qu’elle espère relancer.
«A la retraite, on n’a plus besoin de tricher». Mais elle avoue devoir désormais composer avec la vieillesse: «J’ai le sentiment d’atteindre un palier. Je lutte pour ne pas rester à la maison et dormir. Mais j’ai parfois honte de ne pas avoir de douleurs».
Anne énumère les moments clés de sa vie en déambulant dans son lumineux appartement peuplé d’objets bourrés d’âme: «J’ai eu une belle vie»…

Isabelle Fringuet-Paturle

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