dimanche , 28 mai 2017
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"Makassan story", peinture sur papier, Charlie Matjuwi Burarrwanga. Fin XXe siècle. © MEG, J. Watts

L’effet boomerang

Murs blancs, éclairage fluo. Aussi multimillénaires soient-ils, les arts aborigènes d’Australie affirment leur actualité entre précieux objets ancestraux et œuvres contemporaines.

Une atmosphère de galerie d’art décidément contemporaine souffle sur le MEG, dépositaire de collections aborigènes d’une importance singulière. Traversée par les interventions d’artistes d’aujourd’hui, l’exposition déroule trois temps forts, tous animés par la dynamique puissamment novatrice de ces cultures autochtones, liées aux racines immémoriales de la création du monde.

Résistance des damnés
On ne saurait découvrir les arts de cette vaste mosaïque de peuples vivant sur les terres australiennes depuis 60’000 ans sans se référer à la sanglante histoire coloniale qui depuis 1770 tentera en vain de détruire ce fantastique patrimoine culturel, philosophique et spirituel. Habitants d’un continent déclaré «terre de personne» par les occupants, traumatisés jusque dans les années 1960 par la politique raciste du «White Australia» (Australie blanche), les Aborigènes n’ont cessé de lutter pour faire entendre leurs voix et reconnaître leurs droits. N’en deviennent alors que plus précieuses ces expressions artistiques qui ont su pérenniser, adapter, moderniser et réinventer les traditions ancestrales pour produire des œuvres et des styles uniques. De la grande richesse formelle des objets porteurs de rites et de rêves, en passant par la peinture acrylique apparue dans les années 1970, jusqu’à l’écriture néon, c’est un langage universel qui nous est révélé. Puisant aux sources sacrées de la vie, il raconte des histoires mythiques et exprime une vérité suprasensible qui rend visible l’invisible.

Fil rouge d’une collection rare
S’offrent à nous des boomerangs, massues, lances, propulseurs et boucliers, des masques, des artefacts utilisés lors des échanges, telles les nacres gravées et les bâtons de messages. Parmi les objets trônent deux arbres gravés, marqueurs de sépultures et d’espaces cérémoniels, dont la présence est extrêmement rare dans un musée. Un volet de l’exposition est ainsi dédié à l’histoire de ces collections, qui met à jour le travail des experts et anthropologues.
Mais comment un artiste aborigène contemporain voit-il les pratiques muséologiques qui se déroulent autour de sa culture? A l’heure où cet art fait désormais partie de la scène internationale, la question est loin d’être anodine. Célèbre plasticien multimédia, Brook Andrew y répond en inversant les points de vue culturels de manière saisissante. Au-delà de l’espace qui lui est consacré, il participe au fil rouge contemporain qui nous interpelle à travers toute l’exposition. Dans les vitrines, ses sculptures vont s’allier notamment aux photographies de Michael Cook. Une façon de signaler la dure histoire des Aborigènes qui nous donnent à voir des trésors de créativité.

Viviane Scaramiglia 

MEG
L’effet boomerang. Les arts aborigènes d’Australie
19 mai au 7 janvier 2018
Du mardi au dimanche
Musée d’ethnographie de Genève
Bd Carl-Voget 65
1205 Genève
www.meg-geneve.ch

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