mercredi , 20 septembre 2017
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Les Tekas de Karim

Karim Bel Kacem est un jeune homme au regard étincelant. Très tôt séduit par le théâtre, il décide d’ajouter des cordes artistiques à son arc pour devenir metteur en scène. Sa méthode de travail éclectique l’a amené à concevoir une armoire à couverture pour les sans-abri.

Éclectique. Un faible mot pour décrire ce metteur en scène de 31 ans qui est à la tête d’une des plus jeunes et des plus prolifiques compagnies de théâtre contemporain de Genève, voire de Suisse romande. Né au Maroc, élevé en France, il suit des cours de théâtre dans un conservatoire parisien, des stages auprès de Mnouchkine et Brook et s’inscrit à la Manufacture de Lausanne. Au bout d’un an, il négocie sa sortie pour «bouleverser sa zone de confort» et suivre un cursus d’Arts plastiques à la Haute École d’art et de design. Inscrit en section Performance, il étudie la sculpture et l’installation d’espace, «J’ai comblé bien des lacunes et appris à regarder les choses de façon singulière. Les Beaux-arts sont une école du regard», et d’autonomie: «Jean-Pierre Greff, le directeur de la HEAD, dit que sa mission est de former des autodidactes».

Touche-à-tout créatif
Pressé. Karim est un homme qui n’a de cesse de réfléchir, créer et concevoir. Il réalise sa première mise en scène, le Bouc de Fassbinder, à la Manufacture. Il fonde sa compagnie, Think Tank Theater, à la Head. Le TTT compte 220 représentations en 4 ans ici et bien au-delà avec le soutien enthousiaste des grandes scènes nationales françaises.
Karim rentre de Berne où une version allemande de sa pièce Gulliver était jouée, elle était sur Antigel en VF 8 jours avant. Mesure pour mesure de Shakespeare était (co)produite à Vidy fin janvier, elle passe un mois après au Grütli. Là, il finalise sa dernière création 23 rue Couperin, une pièce musicale sur Les Pigeonniers, la cité HLM «sensible» de son enfance où les barres portaient des noms de musiciens. Elle sera jouée du 30 mai au 10 juin au Théâtre Saint-Gervais. Le TTT y est en résidence depuis 3 ans et recherche déjà son nouvel atelier.
Karim mène de front des laboratoires de création à Cannes et Marseille -fabriquer une caméra pour saisir le jeu des acteurs, avec des conférences sociales et des performances conférences.
Expérimentateur. Le propos de Karim est de mélanger les contextes, désarçonner le jugement, déporter le regard, dérouter l’écoute: «Changer de paradigme est essentiel pour installer le doute constructif». Bref, pour ouvrir les esprits et élargir le propos… Pour cela, Karim monte sur la table à la façon de John Keating du Cercle des poètes disparus. Il enferme ses spectacles dans des boîtes (des chambres), place les spectateurs à l’extérieur parfois avec des casques audio… Il frotte et confronte le théâtre au foot, au cinéma, à la politique et au social.

Teka, couverture en romani
C’est en expérimentant que sont nées les Tekas, couverture en romani. Encore à la Head, il travaillait alors sur le projet Force de frappe pour attirer l’attention sur la situation des Roms à Genève avec des étudiants de la Haute école du travail social. En sortiront une exposition au Théâtre Saint Gervais, le Ciné For Rom, un ciné-club sous le pont de la Jonction et les Tekas, ces armoires de rue en plexiglas où l’on peut déposer des couvertures pour les sans-abri. Le succès de la Teka implantée sur le flanc du Théâtre Saint Gervais depuis l’hiver dernier est incontestable. Lausanne et Paris ont adopté ce principe de don anonyme, «nous recherchons une entreprise pour les fabriquer et les distribuer à grande échelle». Il n’y a qu’à!

Isabelle Fringuet-Paturle

Le Think Tank Theater
www.thinktanktheatre.ch
rue couperin 23, un projet de Karim
Bel Kacem, du 30 mai au 10 juin
rue du Temple 5, 1201 Genève
Tél. 022 908 20 00
www.saintgervais.ch

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