dimanche , 19 novembre 2017
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Estelle Aubriot dans Majorité silencieuse de Maylène Mathée et Sébastien Grosset. © Thomas Gogny

Décrier les cris

La 9e édition du Festival Mémoires blessées du Théâtre Saint-Gervais débute avec l’installation sonore et vidéo Majorité silencieuse de Maylène Mathée et Sébastien Grosset.

«Il s’agit en fait d’un projet commun décliné en triptyque. Majorité silencieuse est le second volet», explique Maylène Mathée. «Le socle commun à ces chapitres sont les archives des 25 heures de débats parlementaires sur la loi Veil du 26 au 29 novembre 1974».
L’installation consiste en un écran composé d’une mosaïque de 9 téléviseurs «le nombre de députées sur les 490 parlementaires alors», explique Maylène, de la diffusion d’une bande sonore composée par Sébastien et de la traduction signée par Estelle Aubriot, comédienne qui pratique couramment la langue des signes.
Le travail sonore de Sébastien consiste à «évider» les discours pour en extirper la substantifique moelle, «assignation et désignation». Des verbatim et des mots clés qu’il met ensuite en exergue en haussant leur volume sonore. 9 discours de 9 députés ont été ainsi déconstruits et reconstruits en une espèce de violence augmentée. Ils sont compilés en boucle pour composer un seul discours saisissant, quasi insoutenable. «Notre propos est de démontrer la domination et l’hégémonie de la parole masculine en s’appuyant sur ces archives spécifiques, une affaire d’hommes sur une question de femmes».

Un théâtre ouvert
Une thématique engagée conforme à la ligne du Théâtre Saint-Gervais, emmenée par Philippe Macasdar, son directeur qui s’efforce «d’articuler la comédie et la tragédie de notre monde, le local avec l’universel». L’ancienne Maison des jeunes est en cela un lieu de prédilection, elle fut un haut lieu de subversion en 68-70. Ce bâtiment de 1963 à 9 niveaux et 231 fenêtres deviendra St-Gervais Genève Le Théâtre en 2011, appuyé par la Fondation pour les arts de la scène et les expressions culturelles pluridisciplinaires.
Mais le Théâtre Saint-Gervais n’est pas qu’un lieu de théâtre, «il est pluridisciplinaire» explique Emmanuelle Stevan, à la Communication et presse. Il se revendique la Maison des langues, la Maison des compagnies et la Maison de formation et de transmission. Théâtre, cinéma, conférences et expositions s’y enchaînent, se complètent ou se superposent.
Le lieu est ouvert aux artistes, metteurs en scène, plasticiens, auteurs, en résidence ou pas, et collabore avec d’autres institutions et de nombreux festivals: la Manufacture, le FIFDH, la Scène nationale d’Annecy, la Cinémathèque suisse, L’Arsenic, la Bâtie,… Le mot d’ordre est «d’inscrire son action dans un territoire qui dépasse les frontières géographiques ou culturelles».
Une vingtaine de pièces sont programmées chaque année, d’autres événements complètent son agenda au gré des opportunités.
Deux festivals rythment ses saisons: Ici c’est ailleurs, Création et migration qui a lieu à l’automne et s’impose à Genève. Au programme de ce festival en collaboration avec le Bureau de l’intégration des étrangers de l’État de Genève et le Service Agenda 21 – Ville durable de la Ville de Genève: lectures, expositions, rencontres, projections, spectacles. Le second a lieu en début d’année, c’est Mémoires blessées conçu en 2009 pour donner de la voix à l’histoire des autres, au-delà de l’hégémonique histoire nationale identitaire. Mémoires blessées veut reconnaître et réhabiliter les mémoires niées de toutes les victimes. Comme celles de la Majorité silencieuse

Isabelle Fringuet-Paturle

Majorité silencieuse de Maylène Mathée et Sébastien Grosset
Jusqu’au 25 mars
Entrée libre du lundi au samedi de 12 h à 18 h
Saint-Gervais Genève Le Théâtre
Rue du Temple 5, 1201 Genève
www.saintgervais.ch

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