jeudi , 23 novembre 2017
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Douce romance.

A l’écoute de leur premier amour

On n’oublie jamais son premier amour. Mais quel est-il? Celui du jardin d’enfants, celui de l’adolescent? Et les parents, comment abordent-ils ces premiers émois?

«Dis, maman, est-ce que je peux lui dire que j’ai envie de l’épouser?» demande Pierre à la sortie de l’école maternelle, tandis qu’un peu plus loin, Camille et Eva trottinent comme des «petits fiancés» inséparables. «L’amour enfantin naît de façon pure et spontanée, affirme le célèbre psychosociologue italien Francesco Alberoni. A l’entrée en primaire, ils peuvent ressentir un vrai sentiment amoureux.» Vers l’âge de 3 ans, les enfants connaissent généralement leurs premiers émois, c’est une inspiration de l’amour, «une sorte d’entraînement des sentiments» comme dit le psychiatre et sexologue Willy Pasini. Et ne faites pas qu’en sourire, car ces expériences comptent dans l’évolution de leur vie amoureuse. Avoir un petit copain ou une petite copine en maternelle, peut aider à un moment donné à se sentir important pour un autre enfant, à s’intégrer plus facilement dans la classe ou le groupe. Surtout, pas de pression! Ne vivez pas sa vie amoureuse à sa place, ne le bombardez pas de questions, laissez-le gérer ce qui est déjà de son domaine privé. Et si l’enfant change souvent d’amoureuse, pas de panique, il ne sera pas pour autant un coureur de jupons plus tard. Le risque, c’est la séparation qui va intervenir à un moment ou à un autre (changement de classe ou d’école). L’idéal, surtout si la relation de ce petit couple vous paraît trop exclusive, c’est de préparer votre bambin petit à petit, en invitant d’autres camarades ou en envisageant d’autres activités où l’autre ne va pas, comme un club de sport. Et se souvenir que les séparations sont des épreuves nécessaires: c’est dans l’enfance que l’on apprend à s’éloigner des autres sans perdre confiance en soi.

Premier chagrin d’amour
A 5 ans, vous ne vous y attendiez pas. Et pourtant, ne minimisez surtout pas cette peine de cœur. Ce que votre enfant vit est très fort. Rien ne sert de le préparer avant. En fait, le prémunir s’élabore tout au long de l’éducation. C’est en trouvant des limites dès son plus jeune âge à sa toute puissance qu’il se prépare le mieux au chagrin d’amour. S’il a l’habitude qu’on lui cède tout, il ne va pas comprendre que son amoureux ou amoureuse ne l’aime plus. Face au gros chagrin, ne soyez pas intrusif, mais restez à l’écoute. Vous pouvez aussi parler de votre propre expérience: «Quand j’avais ton âge, Thomas a déménagé et j’étais très triste». De façon générale, quels que soient les problèmes dans les relations d’amour de votre enfant, ce qui peut le pertuber ou le gêner, gardez le dialogue ouvert. «L’échange est important, souligne Francesco Alberoni. Il a besoin de mettre des mots sur ce qu’il ressent.»

Premier flirt , première nuit en question(s)
Alors, voilà votre ado qui rêvasse, s’enferme dans sa chambre et passe des heures au téléphone ou devant son ordinateur à discuter avec sa petite amie. Il vous en parle ou pas, pour éviter votre éventuelle réaction («tu es bien trop jeune», etc.). De toute façon, c’est sa vie privée et c’est un grand moment, une étape enrichissante dans la construction de son identité durant laquelle il entre progressivement dans le monde de l’adulte. Côté parents, comment gérez au mieux? Le premier baiser met le cap vers la sexualité adulte. Il est donc important de préparer le jeune qui flirte en attendant sa majorité sexuelle (16 ans en Suisse ou avant, si l’âge entre les mineurs ne dépasse pas trois ans). Et mettez de côté vos préjugés. Vous n’aimez pas le look du petit ami, vous ne l’appréciez pas? Le mieux est de l’accueillir pour apprendre à le connaître, rencontrer ses parents.
Puis l’ado grandit, va vous demander s’il peut inviter sa petite amie à dormir à la maison. La réponse n’est pas banale et peut prendre pour base trois critères: leur âge, la durée de la relation et, donnée impérative, la capacité d’avoir à disposition un espace intime à la maison. Cela dit, les avis récoltés sont tranchés. «Non, car la sexualité des parents et celle des enfants doit être absolument étanche». «Oui, car c’est une façon d’offrir un cadre sécurisé et de connaître l’ami en question. Mais seulement à de rares occasions, en tous cas pas comme une habitude ancrée dans le quotidien.» «Oui, je préfère savoir où ils sont.» «Je suis plutôt contre. Cela peut engendrer un attachement trop fort entre le petit ami et la famille. En cas de rupture, cela peut être difficile.» «Non, la sexualité du jeune est une étape essentielle dans son processus de séparation avec nous, les parents. C’est un moteur dans la quête de son indépendance.»

Viviane Scaramiglia

A lire:
Le premier amour, Francesco Alberoni, Editions Omnibus

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