lundi , 29 mai 2017
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Josef Hillemacher, son orgue de barbarie et son fidèle Toulouse dans les rues basses. ©Alexandre Oberson

Sur un air d’orgue de barbarie

Jospef Hillemacher

Qui ne l’a jamais croisé, écouté la douce mélodie de son orgue de barbarie? En 25 ans, Josef Hillemacher est devenu une célébrité des rues genevoises. Au même titre que son éternel chat, Toulouse, ou «le croisement entre un Maine coon (race de chat), un très haut-fonctionnaire et un playboy». «Il est à la fois gentil, fainéant et toutes les dames craquent pour lui!», rigole son propriétaire. Cette vie d’artiste imprévue illustre l’indépendance et l’audace qui ont marqué la vie de cet Allemand d’origine.

Une vie de nomade
A 17 ans, au début des années 60, il aide son père dans le bâtiment après l’école et fait du bénévolat dans un hôpital psychiatrique: «Ils cherchaient des élèves infirmiers. Comme j’étais mineur, j’ai imité la signature de mon père», s’amuse-t-il. Une fois son diplôme en poche, à 20 ans, Josef démissionne, «pour ne pas m’enfermer dans un domaine aussi spécifique que la psychiatrie».
En pleine guerre du Vietnam, il décroche un poste humanitaire et «bien payé»: «J’ai été envoyé dans un hôpital par la Croix de Malte, explique-t-il. Mais une semaine avant mon départ, il a été bombardé. Heureusement, j’ai trouvé une place avec la Croix-Rouge!» De cette expérience de deux ans, Josef garde le goût de l’aventure: «A cette époque, se réintégrer dans la société en Allemagne après l’avoir quittée était difficile. J’ai notamment pris des cours de religions à Freiburg, afin de rejoindre comme infirmier le Soudan et le Nigeria, avec l’atout de comprendre la culture des populations locales.»

La découverte de l’orgue de barbarie
De retour au pays, Josef est choqué par certaines pratiques en milieu hospitalier, qui l’éloignent définitivement de son métier de formation et le remettent sur la route. Au gré de ses envies, sans objectif, il parcourt tantôt une partie de l’Afrique, la Turquie, l’Angleterre, les Îles Canaries, avant de retourner en Europe, à Paris, un peu par hasard. Débute alors sa vie de musicien de rue: «Je ne parlais pas français. Afin de gagner ma vie, j’ai acheté un piano électrique, puis avec mes premiers sous, un orgue de barbarie. Un instrument assez puissant pour se faire entendre de loin, sans haut-parleur.»
Aujourd’hui marié trois fois, père d’un garçon et d’une fille d’une trentaine et quarantaine d’années, Josef a rejoint la région genevoise en 1989, simplement «parce qu’à l’époque, un franc suisse valait quatre francs français». Jamais sédentaire, il passe désormais la majeure partie de l’année à Genève, pour travailler seul avec Toulouse et son orgue. Son temps libre, il le partage avec sa femme, à Nîmes: «Je ne suis pas millionnaire, conclut-il, mais ce n’était pas le but. Si je peux vivre encore 15 ans ainsi, c’est bien. Ce n’est pas la vie facile, mais qu’est-ce qu’une vie facile?»
En partant, des regards souriants se retournent sur Josef et son compagnon. Une dame ramasse sa canne, une petite fille caresse Toulouse. La mélodie de l’orgue peut continuer d’animer nos rues…

Alexandre Oberson

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