samedi , 22 juillet 2017
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L'ancienne centrale téléphonique des années 70 au cœur du quartier chaud © V.Sca.

Pâquis, le grand nettoyage

Ex-centrale téléphonique

Contestée par les habitants, la restructuration de l’ancienne centrale téléphonique au cœur des Pâquis est significative de la gentrification qui transforme progressivement le quartier.

En plein cœur du quartier populaire, le projet de transformation et surélévation de 4 mètres de ce mastodonte désaffecté affirme une qualité architecturale incontestée. Mais son affectation en 40 luxueux appartements vendus en PPE qui fait bondir ses habitants est assez illustrative des rapports de forces inégaux qui se jouent dans l’espace urbain. Au croisement des logiques capitalistes soutenues par l’Etat qui a avalisé le projet en mai dernier, les Pâquisards, via les associations des habitants et des riverains Survap et Aspasie, ont aussitôt déposé un recours, tout en se doutant bien qu’il a peu de chance d’aboutir. Selon Xavier Jeanneret, Directeur général de Privera Construction Management qui œuvre pour le compte de la société propriétaire Vallcarac B.V. basée à Amsterdam, « les délibérations du Tribunal administratif vont bon train ». Et la rare faille éventuelle – deux logements sur le toit soumis à la LDTR – relevée par les opposants ne suffira pas à réunir les protagonistes autour d’une table de conciliation. Rémy Pagani, conseiller administratif de la Ville, y a invité sans succès à plusieurs reprises.

Insidieuse métamorphose
De manière plus générale, les habitants s’élèvent contre l’embourgeoisement progressif qui frappe l’ensemble du quartier. « Il y a l’immeuble résidentiel de prestige vendu à la découpe au 1, rue Gevray, des ventes d’appartements, une demande d’autorisation en cours pour une surélévation 16, rue de Bâle, des rénovations et, à la clé, la hausse des loyers », déplore Guy Valance de Survap, qui veut voir s’appliquer la mixité sociale pour réduire l’impact du processus. La récupération de cette centrale téléphonique des années 70 qui ne sert plus qu’au parcage en sous-sol fait partie de « cette opération de grand nettoyage, synonyme d’expulsion des habitants vers des zones excentrées ».

Résistance
Le nouveau coup de balai entretient la résistance. Face à la gentrification inéluctable qui se répand partout depuis des décennies, de New York à Londres, puis Paris et aujourd’hui notamment Berlin, il s’agit de trouver un équilibre. D’un côté, elle requalifie positivement le cœur des villes, mais engendre aussi une ségrégation spatiale. De quoi interpeller les pouvoirs publics sur les enjeux et les effets de la politique urbaine. Cet automne, Survap a programmé une série d’actions sur l’immobilier dans le quartier (voir www.survap.ch/lespaquis). Un dossier sensible à suivre.

Viviane Scaramiglia

La centrale PTT
Sise sur 1’540m2 entre les rues Rossi, de Monthoux, Alfred Vincent et Cusin, la centrale des anciens PTT a été construite dans les années 70 pour remplacer celle de la rue des Alpes. En 1992, deux logements de concierge sont transformés en bureaux.
En 2002, la Confédération cède l’immeuble à une société privée. En 2006, il est racheté par la compagnie hollandaise Vallcarca B.V. Le 6 mai 2014, l’autorisation de l’Etat est délivrée pour le projet comprenant une quarantaine d’appartements de 40 à 120m2. Dans la foulée, la Ville donne son préavis favorable sous réserve. En juin, le recours des associations du quartier est déposé.

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